Les champs de blés

Il y avait ces instants précieux, où plus rien ne comptait, si ce n’était l’instant.

La brise légère, les champs à perte de vue, l’or des blés rougeoyant d’émotion devant le couchant. La vie devant soi, à peine derrière moi. L’amour plein le coeur, les godasses pleines de terre et des parents aimants.

Puis l’adolescence, les imprévisibles claques trahissant la quiétude qui se disloque dans les écorchures des déceptions.

On arrive à l’âge adulte, hors d’haleine. Les émotions au bord des lèvres et des rêves un peu reclus. La spontanéité s’envole et les mots deviennent pesés, posés, pensés, vidés.

Etudes, diplômes, CDI, les étapes de la vie se franchissent simplement, parce que tout est à porté de main lorsqu’on fait des efforts. Mais qui reste t-il, au fond ?

L’autre jour, je sortais du travail et je décidais d’arpenter les rues nantaises, sans but précis. Les jours d’été s’étirent, et la lumière caresse le visage des fêtards enivrés. Je m’attelais là, au bord d’une table, loin des effusions de rire mais assez proche pour percevoir un bonheur étrange, dont les bruyants éclats de rires exacerbaient les yeux hagard…Vitreux d’alcool, le regard perdu et l’âme décharnée.

Comment grandir dans un monde pétri d’injonctions ? Il faut “savoir être”, paraît il.

Comment devenir lorsque l’originalité devient une norme ? Une représentation perpétuelle de nous même qui nous envahit jusqu’à nous noyer.

Alors, attablée au bar, je regarde ces gens au ton trop haut,  aux rires hystériques, cherchant avec peine le bonheur d’être appréciés. C’est drôle, vue d’à côté.

Dans la tiédeur de l’été, la brise fraiche caresse les nuques dégagée.

Les terrasses au soir d’été sont devenus d’étranges champs de blés. Les pieds dans la boue, et le coeur aimant.

 

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