Ode aux trentenaires qui chialent encore en quittant leurs parents.

Boom. Rien qu’avec le titre, je viens de perdre instantanément 30 points de maturité, et 100 points de crédibilité. Mais c’est un fait. Il y a des individus qui feignent l’âge adulte mais qui savent bien, au fond d’eux, qu’il n’en n’est rien.

 

Ces adultes qui apprécient néanmoins l’indépendance monétaire et l’autonomie, mais qui ne constatent pas la compensation de ces deux aspects de la vie en comparaison de ce qu’ils vivaient avant : proximité parentale, débats à n’en plus finir à la table du dîner, les petits plats réconfortants, mais aussi (et surtout) : l’amour profond et inconditionnel. La vie d’adulte est un combat de chaque instant, et je ne comprends toujours pas dans quelle mesure il est possible de se réaliser à travers elle.

C’est finalement un aveu d’égocentrisme, que de constater qu’on a tant de mal à s’éloigner de cette constellation familiale dont tu constitues l’un des soleils : la relation est pure, l’amour perpétuel et les frictions ne durent jamais. Et lorsque tu fais parti de ces rares personnes qui sont en paix avec leurs parents, tu te rends compte au fil des rencontres que ton cas est rare et précieux… Ce qui augmente encore la valeur – déjà inestimable – que tu donnais à cette relation.

Du coup, difficile de s’en défaire pour construire une histoire dont ils ne font pas parti.

J’estime qu’il y a principalement 3 problématiques lorsque tu rentres dans l’âge adulte par obligation plus que par volonté :

L’art de conserver sa dignité.

Voilà, donc c’est exactement ce que je ne fais pas avec ce titre d’article : l’art de conserver sa dignité consiste à feindre une espèce d’indifférence lorsque tu retrouves tes parents, où tu exprimes poliment ta joie de les retrouver. Intérieurement, les sentiments sont bien plus volubiles : tu t’abstiens difficilement de te jeter à leurs pieds et d’étreindre leurs jambes en les suppliant de ne plus jamais te laisser partir, submergé par le bonheur de retrouver deux de tes piliers de vie. C’est comme lorsque tu sors la tête de l’eau après une interminable apnée : ils sont ton oxygène, rien de plus, rien de moins.

L’art de conserver sa dignité demande entrainement et maîtrise de soi, surtout lors du départ : entouré d’autres voyageurs qui, comme toi, quittent leurs proches, tu te dois de ne pas faire trop de vagues et d’éviter les comportements excessifs. Pourtant c’est bien cela dont il s’agit, au coeur de tes tripes : un déchirement extrême qui te réduit en miettes, une envie soudaine de tout plaquer pour se réfugier éternellement dans leurs bras, une profonde colère contre l’incongruité de la vie qui consiste à quitter ceux qu’on aime pour des raisons complètement dérisoires (la vie professionnelle).

Et puis tu te rappelles qu’il y a des gens que tu aimes et qui t’attendent, et c’est précisément là où l’esprit doit se fixer : pour ne pas chialer comme une madeleine et renifler bruyamment, il faut fixer son esprit sur ce qu’il y a de positif de l’autre côté du voyage. Les gens, les projets. Ensuite, il faut s’entraider en silence. Une fois dans le train, je tombe toujours sur des personnes à fleur de peau, qui vivent tout comme moi ce déchirement intérieur. On se cherche, entre âmes fragiles, pour se soutenir à coup d’échange de mouchoirs. Il faut bien avouer que la honte de l’immaturité s’estompe un peu lorsqu’on rencontre des semblables.

Tout se prouve, rien n’est acquis.

La plus grande des aberrations en tant que jeune d’adulte est de chercher des sentiments inconditionnels auprès des relations acquises (s’opposant aux relations familiales, que je juge “innées”). Généralement, lorsqu’on prend cette voie là, la chute est longue et l’atterrissage violent : il existe dans une famille un langage silencieux uniquement compréhensible par ses membres. Même dans le désaccord, il existe – dans mon cas – un terreau de bienveillance qui exclu les égos des conflits pour une raison toute simple : la plus grande des confiances n’est possible qu’avec les intimes, et celle-ci permet d’aborder l’échange sans aucune crainte d’être un jour trahi. Les batailles n’ont lieu que sur le terrain des idées, sans jamais attaquer les individualités.

Lorsque l’on découvre les relations construites, il faut conscientiser la perte de cette ” communication silencieuse “, qui soustrait à la discussion de nombreux garde-fous. Chaque mot est polysémique, l’intention devient flou, et le risque de blessures bien réel. C’est à cet instant qu’il est nécessaire d’apprendre à discuter avec des tiers dont la mentalité, les valeurs, et les logiques diffèrent des siennes. C’est à ce moment qu’il faut admettre que tu n’es plus dans ta constellation, mais bien une planète parmi des milliers d’autres.

La relation entre ton monde et celui des autres est alors régit par les mêmes principes fondamentaux que ceux de la loi de l’attraction universelle : les liens que tu créés doivent être assez équilibrés pour que les forces d’attractions régissent un système stable, sans collisions ni perditions.

On reste toujours l’enfant de quelqu’un…

… Mais on naît seul. Finalement, on n’est rien d’autre qu’une espèce de comète naviguant entre différentes constellations, qu’elles soient innées ou acquises. Toutes les relations définissent un univers d’ensemble dont l’équilibre repose sur d’innombrables piliers. Certains sont fondateurs, d’autres subsidiaires. Leur rupture peuvent pour autant fragiliser ou détruire une structure de vie. Dans tous les cas, c’est bien leur ensemble qui pose les bases de l’équilibre individuel, et chaque entité de cet ensemble se doit d’être soigné.

À l’aube de l’âge adulte, l’erreur est de considérer la maturité comme une trajectoire rectiligne, où il n’existe aucun retour. C’est au contraire une somme conséquente de voyages pour rejoindre ceux qui font parti de notre vie. Soigner ses relations nécessite de leur octroyer du temps, non négociable, pour entretenir tous ces piliers garants de notre équilibre.

 

Je continue de me retenir de chialer lamentablement sur les quais des gares à chaque fin d’année, mais l’âge adulte m’a au moins fait réaliser qu’il n’existe aucun autel assez important pour justifier le sacrifice du temps passé auprès de ceux qui nous sont intimes. 2017 sera donc l’année où je ne composerai plus avec le temps : je le prendrai.

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