Les manouches en vacances : de San Sebastian jusqu’à Lisbonne.

Nous n’en pouvions plus d’attendre.

Déjà un an que nous avions investi dans une voiture plus spacieuse, abandonnant tristement ma Peugeot 107 à une funeste inconnue. Il y avait un but ultime qui nous faisait briller les yeux : un roadtrip à deux, dans un voyage non organisé. Cette dernière précision a son importance : L’année précédente, nous avions décidé de découvrir le Royaume du Maroc. (Trop) Prévoyants, nous avions passé des heures à feuilleter notre Lonely Planet, à détailler les points d’intérêts, épier les notations Trip Advisor des Riad pour organiser le voyage le plus optimisé possible. Au final, nous débutions nos vacances déjà épuisés d’une étude de marché  bien trop complexe pour la légèreté que nous attendions de nos congés. Loin d’être un voyage décevant, nous nous sommes malgré tout retrouvés bloqués dans un circuit trop organisé, ne laissant la place ni à l’instinct (sauf dans les souks de Marrakech, où l’urbanisme anarchique règne en maître), ni à la spontanéité.

Je m’égare un peu, mais cette fois, nous étions fin prêts à partir à l’aventure sur une distance conséquente (4000 km au compteur) sans se détruire le derrière. Après le pèlerinage d’usage au royaume du matos en plastique pour jeunes nomades assoiffés d’aventures (Décathlon), nous répartîmes donc tout le nécessaire pour se nourrir, dormir et conserver une dignité esthétique dans de belles petites boites en plastique dont le rangement quotidien nous soufflait chaque matin cette mélodie entêtante des choeurs de l’armée rouge.

contenance coffre de la mazda 3

 

Le Pays basque : Zarautz et San Sebastian

L’arrivée en Espagne a débuté d’une manière merveilleuse : l’entrée au Pays basque. Au passage de la frontière, nous poursuivions la route jusqu’à Zarautz, dans un camping dont la vue surplombant la baie de Zarautz est sublime.

baie zarautz

baie zarautz

Du haut de ce camping, il est possible de se rendre directement sur la baie de Zarautz dont la plage est à couper le souffle. C’est aussi un super spot de surf, il y a d’ailleurs plusieurs surfcamp logeant directement au camping. L’accès à la plage se fait par de longs escaliers sinueux, dont l’ascension prend bien une vingtaine de minutes. Belle manière de dépenser les calories consommées en dégustant des Pinchos (ne prononcez jamais le mot Tapas au Pays basque. Jamais.). Un panneau à destination des touristes vous mets de toute façon directement dans l’ambiance, avec l’inscription suivante en lettres capitales ” TOURIST, YOU’RE NOT IN SPAIN, NOR IN FRANCE, YOU’RE IN THE BASQUE COUNTRY”. On sent de suite qu’on ne va pas trop déconner sur le sujet.

Il y a le Pays basque, puis le reste du monde. 

Et je pèse mes mots. Le Pays basque est une région un Pays dont la beauté est saisissante : la falaise abrupte, la finesse du sable des plages s’étirant à perte de vue, la rudesse de la houle dévorant les surfeurs intrépides… Le paysage est pur, conservé, authentique. Lorsque je parle du reste du monde, je ne dis pas que le Pays basque est le plus bel endroit sur Terre (je reste fidèle à Nantes, mon amour de toujours), mais que les Basques considèrent leur pays comme le plus bel endroit sur Terre. Et ils n’ont pas à rougir : les paysages sont magiques, et la culture Basque a été préservée par un peuple aussi fier qu’insoumis. Seul point noir (c’est le cas de le dire, ah ha!), les quelques ballades tranquilles sur le front de mer ont rappelé à ma bonne mémoire que… j’étais noire. Eh oui. Mon compagnon et moi formons un couple mixte, et la vision de cet amour inter-racial ne semble franchement pas coutumier aux yeux des Basques. Je me suis régulièrement faite dévisager par des vieux qui s’en tordaient le cou sur 180°, stupéfiés par l’insoutenable apparence de mon délicat hâle bronzé (ou de mes boucles 3C, va savoir). Difficile de passer inaperçus lorsque des regards de mépris et/ou incrédules se posent sur nos mains blanche et noire entrelacées. Quelques paroles peu bienveillantes furent quelques fois marmonnées à mon passage, j’ai d’ailleurs profondément apprécié le fait de ne pas comprendre un mot de basque pour continuer à vivre dans mon joli royaume où des licornes s’abreuvent à de belles cascades de St Miguel. 🙂

San Sebastian, la cosmopolite

La ville de San Sebastian possède une architecture à couper le souffle. C’est une ville résolument très riche, où chaque façade possède des ornements d’une finesse d’orfèvre. Nous n’avons fait qu’y passer. En tant que fan de gastronomie, mon petit pèlerinage personnel avait pour graal l’hôtel Maria Christina où Hélène Darroze officiait tout l’été. Hélène, c’est une femme dont la cuisine est un savant équilibre entre la tradition du terroir et une délicatesse maternelle. J’adore cette femme sans la connaître, et j’avoue avoir vainement espéré voir apparaître sa silhouette par la sortie du personnel. Mon lot de consolation sera de parcourir son menu, puis de noyer ma frustration dans la sangria, sur une terrasse de la place de la constitution.

sangria san sebastian

 

La Cantrabrie : Oriñón

Après la beauté sauvage du Pays basque, nous désirions nous laisser porter en suivant la côte Nord en demeurant sans cesse au plus près de l’océan. L’idée était de nous rendre à Santander, mais c’était sans compter sur une rencontre aussi fugace qu’irréelle : une magnifique petite crique aux eaux turquoises fit une apparition furtive sur notre droite, alors que nous poursuivions notre route jusqu’à notre destination. Elle était là, belle et paisible, nichée au sein d’une étreinte montagneuse qui donnait à la petite commune d’Oriñón cette allure d’émeraude dans un écrin de roche. On laisse tomber Santander et nous décidons en un regard de camper au plus près de cette petite plage, où un camping jouxtait justement le rivage.

Le soleil, la traque des bancs de poissons argentés en snorkeling, la lecture accompagnée d’une dégustation de St Miguel tiède furent nos activités principales. Rien de bien énervé, donc tout ce qu’il nous fallait. En plus, nos voisins semblaient nettement plus amicaux qu’en pays Basque. Oriñón fut un délicieux imprévu.

plage d'orinion cantabrie

 

La Galice : Ribadeo

Il nous tardait d’arriver en Galice, dont la réputation nous avait été confirmée par de nombreux locaux. Leurs descriptions nous faisaient présumer d’un petit paradis dans lequel nous avions hâte de faire une halte prolongée. Et puis il y avait cette plage, la plage des cathédrales, réputée merveilleuse et classée dans les 10 plus belles plages du monde. Nous nous sommes donc rendus dans la commune la plus proche de cette plage, Ribadeo, pour découvrir un camping qui deviendra mon favoris.  Pourtant, notre séjour à Ribadeo fut marqué par quelques épisodes pluvieux, mais c’est de loin le camping le plus propre et le plus agréable de notre séjour (des parcelles d’herbes grasses, des étendoirs et des barbecues en pierres apparentes communs, une belle piscine, une taille humaine tranchant avec ces “camping villes” où la nature semble bien éloignée…).

Notre palace pliable
Notre palace pliable

Il faut avouer que la beauté du camping de Ribadeo a certainement bénéficié de notre fascination pour cette fameuse plage des Cathédrales, qui mérite amplement sa renommée.

Playa de las catedrales

L’accès à la plage des cathédrale ne possible qu’aux heures de marées basses. A marée haute, celle-ci est battue par les flots, et demeure absolument inaccessible.  L’amplitude des marées et la topologie de la plage rendent cette dernière dangereuse pour les imprudents qui ne tiendraient pas compte de la montée des eaux : celle-ci est soudaine, et les montées pour s’échapper du fond de cette plage sont limitées. Les roches escarpées ne permettent pas l’escalade, et c’est la raison pour laquelle la municipalité a réduit l’accès de cette plage à quelques milliers de personnes par jour. Il est impératif, pour pouvoir la visiter, de s’inscrire au préalable sur un site internet afin d’en obtenir l’accès. Inutile de dire qu’en période estivale, les cars de touristes raflent toutes les places disponibles. Mais nous avons eu malgré cela une sacrée chance : le soir, la fréquentation chute drastiquement : la limitation d’accès à la plage est donc levée dès 18h. L’accès se fait donc librement, et nous avons pu profiter d’un horaire de marée basse qui correspondait parfaitement avec l’heure où le soleil se couchait. Nous avons pu assister à un spectacle d’une beauté rare, où les couleurs du ciel empourpré sublimaient la roche et les flots. Les photographies prises à ces instants n’en seront qu’un pâle témoin.

playa de las catedrales
la plage des cathédrales encore inaccessible, tandis que la marée poursuit sa descente.

<img class="aligncenter size-large wp-image-163" src="http://www.coeurdeteigne you can try these out.com/wp-content/uploads/thumb_IMG_5413_1024-683×1024.jpg” alt=”plage des cathedrales” width=”683″ height=”1024″ srcset=”http://www.coeurdeteigne.com/wp-content/uploads/thumb_IMG_5413_1024-683×1024.jpg 683w, http://www.coeurdeteigne.com/wp-content/uploads/thumb_IMG_5413_1024-200×300.jpg 200w, http://www.coeurdeteigne.com/wp-content/uploads/thumb_IMG_5413_1024.jpg 724w” sizes=”(max-width: 683px) 100vw, 683px” />

plage des cathedrales
L’eau limpide et turquoise aux creux des cathédrales de roches
les cathédrales de roches
Les cathédrales de roches mises à nues, à marée basse

thumb_IMG_5493_1024

plage des cathedrales

plage des cathédrales au couchant

plage des cathédrales au couchant

Quand on est heureux, on court !
Quand on est heureux, on court !

 

La Galice : Le Finisterre

Le Finisterre se situe au cap le plus occidental de l’Espagne métropolitaine. Nous tenions à faire une halte dans cette ville pour la réputation de “petite Bretagne” qu’elle tient. Si l’atmosphère bretonne ne m’a pas particulièrement frappé, on ne peut passer à coté de l’ouverture du Finisterre sur les grandes routes de navigations maritimes, ce qui fait d’elle une ville résolument ouverte sur le monde (et sur les autres, coucou les Basques 🙂 ). Il y a une quiétude profondément perceptible, dans laquelle nous nous lovions dès notre arrivée. Et cela était sans compter le merveilleux repas partagé dans un restaurant aux apparences trompeuses, “O Peirao”. Nous nous sommes ainsi laissés portés par l’ivresse d’un Viña Costeira, accompagnés de pimientos del padrón et d’une succulente parrillada de poissons pêchés à quelques centaines de mètres de nos assiettes. En sortant du restaurant, on se sentait déjà bien plus breton qu’à l’arrivée : l’esprit embrumé par le vin blanc et le corps ragaillardis par le vent marin.

Viña Costeira
Viña Costeira
pimientos del padrón
Pimientos del padrón
 Parrillada de pescado
Parrillada de pescado

 

La Galice : O Grove

Du Finisterre, nous nous rapprochions doucement des côtes Portugaises, où nous devions séjourner une bonne semaine. Nous nous sommes donc rendus dans une ville se situant à mi distance, que nous avions choisi au hasard d’un logement atypique trouvé sur Airbnb. Ce soir là, nous passions la nuit dans une auberge de 18 couchages, dans la cale d’un charmant bateau à vapeur accosté à la marina d’O Grove. Dès l’arrivée, nous nous sentions chaleureusement accueillis parmi une joyeuse bande d’adultes, dont l’âge variait d’une trentaine à une cinquantaine d’années, tous voyageurs, et pour certains aventuriers.

el barco de vapor - o grove
El barco de vapor

La ville d’O Grove ne nous a pas semblé remarquable, la plage de la marina manque cruellement de charme. Il existe à une vingtaine de minutes en voiture une magnifique plage nommée “Playa da la Lanzada“, qui mérite clairement le détour par rapport à la petite plage d’O Grove. Cette plage fait face à l’Atlantique et ne se situe plus dans le golf de Gascogne : les courants chauds sont loin, l’eau de l’océan subit donc une sensible baisse de température : 15.1°C. C’est violent, mais ça se fait. A alterner eau glaciale et chaleur du soleil, nous découvrions un genre de sauna nouveau, à l’Espagnole.

Praia Da Lanzada
Praia Da Lanzada

La nuit tombée, la ville d’O grove semble sortir de sa torpeur, et des centaines de personnes, toutes générations confondues, battent le pavé à la recherche d’une belle terrasse où flâner. L’apéro en Espagne, c’est bien plus qu’un moment de convivialité, c’est un véritable art de vivre. La bière et le vin coulent à flot, les anciens enchaînent les cafés, les assiettes de tapas se suivent et s’amoncellent jusqu’à plus faim. Mon amour partagée pour la vie nocturne, l’apéro et les tapas donnèrent à O Grove un charme soudain qui me semblait jusqu’alors insoupçonné.

Tapas - O Grove
Tapas – O Grove

 

Portugal – Espinho

Le ventre plein des repas fastes de la veille et le foie imbibé des excès afférents, nous quittons O Grove pour passer la frontière Espagnole, direction le Portugal. Nous décidions de nous rendre dans la ville d’Espinho, dont la plage est réputée être un excellent spot de surf. Une fois sur place, on se rend rapidement compte que la réputation d’Espinho est justifiée : des vagues d’une puissance remarquable s’écrasent avec rage sur le rivage où quelques rares baigneurs viennent s’y risquer. La température de l’eau au Portugal est naturellement basse, mais le remous de la houle la refroidit davantage. Quelques secondes dans l’océan saisissent immédiatement les os d’un harpon glacé. On préfèrera bronzer tranquillement en alternant St Miguel et Pastei de Nata / Gallon (grand café au lait). Nous ne nous énervons pas plus qu’au début, il ne faudrait quand même pas frôler l’AVC !

Pastei de nata vila do conde
Pastei de nata / café : le petit dej’ des héros  !

 

Portugal – Vila do Conde

Vila Do Conde fut notre destination suivante, celle qui justifiait notre présence en Portugal : le mariage d’un couple d’amis à Laundos, petite ville à une vingtaine de minutes de route. Vila do Conde est, tout comme Espinho, une ville calme et paisible, où les ballades sur le front de mer constituent notre activité principale. A vélo, à pied, en roller, tous les flâneurs se croisent à rythmes différents. Ce rythme, il me fallait l’accélérer en m’offrant le moyen de transport dont je rêvais depuis près de 10 ans, une jolie longboard.

Praia do seca - portugal
Praia do seca – Portugal

La longboard nous permet de renouer avec le plaisir de la glisse urbaine, dont la rugosité de l’asphalte nous impressionne un peu moins que les mâchoires glaciales de l’océan.

Démonstration d’une totale maîtrise de la bête

 

Portugal – Lisbonne

Lisbonne est clairement mon coup de coeur citadin de notre court périple. C’est une ville dont l’élégance n’a rien à envier aux beaux quartiers de Paris. Néanmoins, contrairement à notre prétentieuse capitale, Lisbonne possède une atmosphère d’une authenticité touchante : ses vieux murs carrelés parent ses ruelles de milles couleurs, qui lui confèrent un charme unique lorsqu’on s’y ballade la nuit tombée.

Quartier de l'Alfama
Quartier de l’Alfama
Sagres e Sangria
Sagres e Sangria devant le Museu do Fado

On découvre avec plaisir la gastronomie portugaise, dont la saveur n’a d’égal que son manque de délicatesse :). Un fond d’huile persistant sur chaque assiette, des poissons et fruits de mer pêchés du jour, et surtout l’ indétrônable patate viennent orner tous les plats savourés au Portugal. Ici, pas de chichi ni de persil ciselé inutilement ! Ce qui compte c’est la chaleur et l’amour d’une cuisine résolument familiale et traditionnelle. Nous nous laissons vivre tranquillement au rythme de ces plats typiques, tout en se laissant porter par les ornements mélancoliques d’une chanteuse de Fado, déclamant sa peine dans une histoire que nos maigres connaissances en portugais ne nous permettront pas d’éclaircir…

Pastéis de bacalhau e presunto ibérico
Pastéis de bacalhau e presunto ibérico
Bacalhau a l'Alva
Bacalhau a l’Alva
lulas grelhadas
Lulas grelhadas

Il y a également à Lisbonne des plages magnifiques, dont la température – Ô bonheur – semble frôler les 18°C (une chaleur quasi tropicale lorsqu’on commence à s’habituer à 2°C de moins !). L’eau est d’une clarté hypnotisante et le sable d’une douceur sans pareil… Moins aménagée, la plage possède un aspect plus sauvage et pur qu’à Vila do Conde, où une promenade de bitume surplombe tout le front de mer.

Praia fonte da Telha
Praia fonte da Telha

Lisbonne fut l’étape ultime de notre voyage, qui s’est conclu à Porto, en compagnie de la (belle)famille de nos amis proches.

Nous repartîmes convaincus d’une chose : Si la Galice est belle, Le Portugal est envoutant. Tandis que nous rentrions dans nos contrées dauphinoise, notre coeur semblait lourd de nostalgie mais notre tête demeurait pleine d’images merveilleuses. Notre vie sur ces 3 semaines n’avait beau tenir que dans des boites, elle fut mille fois plus riche que n’importe quel séjour organisé.

L’escapade de San Sebastian jusqu’à Lisbonne en voiture est un circuit que je recommande vivement : les paysages sont aussi variés que la chaleur des gens rencontrés au fil des régions.

Et puis surtout, il y a ce fil rouge, cette passion dévorante, mon bonheur au quotidien : la bouffe.

Invariablement grasse, indiscutablement délicieuse.

Leave a Reply

Your email address will not be published.


Notice: WP_Query was called with an argument that is deprecated since version 3.1.0! caller_get_posts is deprecated. Use ignore_sticky_posts instead. in /var/www/coeurdeteigne/wp-includes/functions.php on line 4023