Comment la ville de Nantes a rendu le reste du monde médiocre ?

Il y avait d’abord l’inexplicable fantasme nantais. Peut être est-ce une réminiscence de ces goûters grenadine/Petit Lu, ou la petite chanson entrainante des Beirut, mais il y avait résolument entre Nantes et moi un lien invisible.

Grenobloise d’adoption, je traine ma jeune carcasse à Nantes de manière chronique, comme un pèlerinage sans cesse renouvelé. Et à chaque visite, c’est un émerveillement nouveau : Nantes est une ville empreinte tout à la fois de folie, de chaleur, de bien être et de créativité. La place prise par cette ville est si importante dans mon coeur de teigne qu’elle méritait bien un article juste pour elle.

Durant mes études, je remarquais déjà quelques indices qui présageaient d’un petit paradis : les quelques Nantais ayant traversé mon chemin de vie portaient systématiquement en eux une gentillesse hors du commun.

La sympathie des Nantais : sont-ils humains ? 

En fait, quand on vient de région parisienne, s’en est presque flippant. Une carte sortie, un regard hagard sur le plan du tram…Et une personne est à votre chevet pour vous aider à trouver votre chemin. Une cigarette fumée aux abords d’un bar… Et un groupe de fêtards vous invite à prendre place parmi eux en terrasse.

Jamais il ne m’a été donné de rencontrer des personnes aussi chaleureuses et sociables que les Nantais (les lillois et les belges les suivant de très près). C’est assez troublant, lorsqu’on est habitué à élaborer des stratagèmes pour se socialiser avec des inconnus. Je n’ai jamais employé le moindre effort pour créer un contact, partager un sourire, prendre part à un débat. Et pour les gens, qui, comme moi, se droguent aux relations humaines, autant dire que les Nantais paraissent trop parfaits pour être biens réels.

C’est précisément là que la paranoïa intervient : sont – ils humains ? sont – ils payés ? Ai-je été piégée dans un Truman show utopique ? Difficile d’y croire, au début. Aux premières rencontres, la seule réponse à cette sympathie spontanée se résumera à quelques grognements sourds témoignant d’une peur profonde d’être flouée. Et puis tout ceci se poursuit, aux différentes heures du jour et de la nuit. Les rencontres se multiplient, riches, spontanées, bienveillantes. Quelques dragueurs un peu lourds viendront délicatement ternir le tableau un peu trop parfait, replongeant la ville de Nantes dans une authentique trivialité. J’en arrive à une extrémité un peu curieuse : je compte attentivement ses défauts pour me pincer l’esprit, et m’assurer que ce que je vis est bien inscrit dans la réalité.

La ville où l’enfance ne meurt jamais.

Le carrousel des mondes marins, les machines de l’île, le hangar à bananes, le quai des Antilles et ses anneaux de lumières, le voyage à Nantes et ses structures éphémères… Nantes se révèle être un immense terrain de jeu. Les rencontres étant d’une simplicité déconcertante, arpenter les rues de Nantes revient à se balader dans un immense parc d’attraction, où chacun peut jouer sans retenues. Elles sont loin, les visions désillusionnées de ces adultes accrochés à leurs smartphones surveillants d’un oeil distraits leurs enfants surexcités.

Soyons clairs, je n’aime pas trop les gosses, pour une raison un peu honteuse : je les jalouse profondément. Quelle fut donc ma joie de pouvoir plonger toute entière dans une piscine à balles, de pouvoir rebondir sur des trampolines lunaires, de tenter un 3 points parfait dans l’arbre aux paniers de basket désaxés. On suit la ligne verte comme on suit le lapin blanc, à la recherche de la porte d’un monde merveilleux sans sortie.

La ville est en perpétuelle ébullition et l’insouciance de l’enfance terrasse bel et bien cette chape de plomb de l’âge adulte.  Le jeu transcende toutes les barrières des âges, dont les seuls marqueurs ne se résument plus qu’à la maîtrise de l’équilibre… Jusqu’à ce que sonne l’heure de l’apéro.

Manger sans fin et boire beaucoup.

Si l’on devait comparer Nantes à un univers, chaque bar et restaurant en constituerait une petite galaxie. Une courte ballade dans les rues de l’hyper centre nous soumet à milles tentations. La liste des bars et des restaurants à tester est interminable, et toutes les devantures valent leur coup d’oeil prednisone 10mg tablets. L’animation de ces petits lieux se portent jusqu’au dehors, où les clients s’entremêlent dans une joyeuse fête sur les pavés. Le ventre plein de mets délicieux, on se laisse régresser au Shelter, on se régale aux Enfants Terribles, on se gave de poisson frit au Poisson Paré, puis un cocktail sur l’O Deck, deux pintes de brunes au Buck Mulligans, et une petite fraiche aux “goûtez électroniques“.

C’est un sacré sentiment de plénitude que de s’allonger dans un coin d’herbe, à écouter du bon son, le ventre plein et le foie fort occupé. Je déambule encore un peu – d’une démarche aussi rectiligne que les bâtisses –  et puis subitement, tout s’interrompt. Chacun se tait et écarquille les yeux devant un mapping lumineux sur le château des Ducs de Bretagne.  Je me laisse doucement emporter par les volumes de lumière qui créent dans l’espace des univers oniriques, les compositions d’AllttA  prennent alors la place des souffles en suspend d’un public conquis. La réalité à Nantes est un étrange rêve exquis.

La mer au bout du chemin.

Rude soirée, mais hier soir, ce n’était assurément pas la dernière. Les rencontres uniques, les discussions enflammées, l’humour PMU, les performances culturelles, tout s’anime encore sur l’écran de nos paupières fermées. L’esprit agréablement embrumé, le ventre salement ravagé, il existe un remède ultime pour dissiper les vapeurs éthylées… Quelques bornes en voiture, et nous voilà en bout de terre, faisant vaillamment face au souffle revigorant de l’océan.

D’une profusion d’images, de discours et de gestes désarticulés, je passe à la paix, au calme, et à une certaine sérénité. Je chasse des images de joie pour laisser une sensation de paisible solitude m’envahir. C’est un curieux dilemme que je ressens à chaque voyage dans le pays Nantais : partagée entre la joie et la paix, j’opte finalement pour des huitres, qui se révèlent être une option idéale lorsqu’on se sent partagée (mais surtout brassée).

Le regard vers le bleu et l’air iodé mobilisent les sens, tandis que l’écume des vagues semble laver le sable comme elle purifie l’esprit. Me laisserais-je tenter par un petit blanc ?

Ah, sacré dilemme du pays Nantais.

Entre la joie et la sérénité, le débat reste entier.

3 thoughts on “Comment la ville de Nantes a rendu le reste du monde médiocre ?”

  1. Blue

    Belle déclaration d’amour contagieuse. Je fais mes valises…

  2. Dany

    Etonnant…. j’ai réalisé plusieurs de tes recettes sur le site “cuisine étudiant” et puis … à la recherche d’une recette originale j’ai tapé ton nom sur le web (en pensant que tu t’étais peut être lancée dans la cuisine !!!) pour arriver sur ton blog que je viens de lire et….surprise…. je suis nantaise lol comme quoi !

    1. coeurdeteigne

      Hey !
      Oui, étonnant de se retrouver au détour de mon blog perso… 🙂
      Sorry pour le délai de réponse, je vais reprendre les publications de manière un peu plus assidue !
      Et nantaise… t’es une sacré chanceuse !
      A bientôt j’espère !

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